Jû-Roku Sakura

Posté le 22 octobre 2021 par Saya

Voici une nouvelle légende japonaise que j’ai découvert récemment.

 

Nous nous trouvons à Wakegori, dans la province de Iyô.  Dans celle-ci, il existe un cerisier très ancien, connu sous le nom de Jiu-Roku-Sakura, littéralement le « Cerisier du Seizième Jour ».
Pour quelle raison se prénomme-t-il ainsi? Car chaque année, il ne fleurit qu’une seule fois, le seizième jour du premier mois, selon l’ancien calendrier lunaire. Sa floraison se déroule a peu près durant la même que celle du Grand Froid, alors qu’habituellement les arbres patientent jusqu’au printemps avant d’éclore.

Mais le Jiu-Roku-Zakura vit d’une vie qui n’était pas originairement la sienne… En effet, le fantôme d’un homme habiterai cet arbre.

L’homme en question était un samouraï habitant Iyô.  Le cerisier grandissait dans son jardin et fleurissait comme tout les autres cerisiers entre mars et avril. Cet arbre est à ses côtés depuis sa plus tendre enfance. Il profitait de l’ombre de son feuillage et depuis plus d’un siècle, ses ancêtre mais également lui-même suspendait à ses branches fleuries de minces lambeaux de papier de toutes les couleurs, sur lesquels étaient inscrits des poèmes de louanges.

Bien des années plus tard, le samouraï avait vécu une bien longue vie. Heureusement pour lui, qui eut beaucoup d’expérience mais malheureusement pour lui car survécut à tous ses enfants.
Il ne lui restait plus rien à chérir. Riens sauf le cerisier !

Mais hélas ! Un arbre ne vit pas éternellement non plus et le cerisier commença à se flétrir…

Le vieillard était inconsolable. De bons amis, témoins de son chagrin, lui procurèrent un jeune cerisier fort et vigoureux, espérant ainsi lui faire plaisir. Il les remercia de leur gracieuse pensée et fit semblant d’être guéri de sa douleur. Mais cet arbre était irremplaçable dans son cœur. Et comment ne pas s’en douter? Cet arbre l’avait suivit tout au long de sa vie, il devait posséder une réelle affection pour celui-ci. Lui qui a déjà perdu tant des êtres qui lui était cher, perdre également son point de repère lui était impossible.

Un matin, il eut une heureuse idée : il se souvint d’un moyen grâce auquel il pourrait peut-être sauver l’arbre condamné.
Il existait une ancienne croyance que l’on peut sacrifier sa vie au bénéfice d’un autre être humain, d’un animal ou même une plante, grâce à la faveur et à l’intervention des dieux. L’acte de substituer ainsi sa vie à celle d’un autre être est désigné par la locution migawari-nitatsu – « agir en substitution de ».

Sa décision était prise, le seizième jour du premier mois, il se rendit donc seul dans son jardin.
Il se prosterna devant le cerisier flétri et s’adressa à lui en ces termes :
– “Daignez, je vous prie, fleurir de nouveau, ô beau cerisier, ami de ma jeunesse. Je vais mourir à votre place !”

Le vieux guerrier étendit au pied de l’arbre diverse linges. Puis il opéra le hara-kiri (ou Sepukku?).
Les dieux entendirent sa demande car son fantôme pénétra dans l’arbre et le fit refleurir sur l’heure même.

Ainsi, chaque année, il fleurit le seizième jour du premier mois, pendant la saison des neiges puisque ce fût le jour de sa renaissance.

 

Si vous croisez un jour un cerisier qui fleurit en période hivernale, peut-être s’agit-il d’un arbre possédé…

 

Source:

Benjamin Lacombe, Lafcadio Hearn, Esprits & Créatures du Japon, Collection Métamorphose, 2020.

Petit diaporama d’image de cerisier en fleur en hiver juste ici: 

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